(et ne serais pas QUE une maman)

image femme complète blogPour celles et ceux qui me connaissent ou bien suivent mon blog vous savez qu’étant en amour avec un Québécois vivant au Québec alors que j’étais encore en France nous avons eu l’immense bonheur d’apprendre ma grossesse suite à sa visite à Paris en Septembre dernier. C’est alors que tout s’est accéléré : démission au boulot, mise en oeuvre d’un plan d’immigration illico presto, recherche d’établissement pour le suivi de grossesse et l’accouchement au Québec… C’est ainsi que je suis arrivée dans la belle province en Mars de cette année.

 

Tout immigrant sait

à quel point on peut avoir l’impression de tout recommencer de Zéro : se faire un cercle d’amis, trouver un travail, se créer de nouveaux repères, se familiariser avec une nouvelle culture… C’est déroutant, par moment un peu déprimant, on peut avoir l’impression d’avoir une montagne infranchissable devant soi.

 

Toute femme enceinte sait

à quel point une grossesse vient chambouler sa vie : des questionnements sur son futur rôle, notre corps qui change et se transforme, une relation  avec le futur papa qui peu évoluer, des conditions de vie à changer (déménagement, rythme de vie, dépenses…), sans parler des désagréments potentiels d’une grossesse sur le plan physique et moral… C’est déroutant, par moment un peu angoissant, on peut avoir l’impression d’une montagne infranchissable devant soi.

Alors imaginez un instant ce que peut ressentir une immigrante enceinte ….

Tous les aspects de sa vie son à reconstruire : cercles amicaux et pro, repères et habitudes de vie (les lieux où sortir, où manger, où faire ses courses…) et un nouvel aspect de sa vie est à construire tout court : devenir mère. Ça fait beaucoup, beaucoup, beaucoup… peut être même un peu trop.

Si certaines femmes se sentent femmes d’abord par leur maternité, ce n’est pas mon cas. Attention, qu’on ne s’y trompe pas ; je suis heureuse et déborde de bonheur à l’idée de devenir mère auprès d’un homme qui fera un excellent ami, mari, amant et papa. Néanmoins devenir mère ne me fait pas sentir complète pour autant. Je suis aussi une femme de convictions et de valeurs, une femme diplômée avec une expérience et des aspirations professionnelles, une femme de culture qui aime sortir et découvrir des choses, une femme d’extérieur qui aime randonner, camper, crapahuter… ET POURTANT… depuis 3 mois j’ai la sensation de n’être QUE une future maman.

Je comprend que de prime abord pour lancer une conversation avec quelqu’un que l’on ne connaît pas, si cette personne est une femme avec une bedaine, on va commencer par parler bébé. Je comprend et j’apprécie de parler de mon bébé.

Je comprend la fascination que cela peut éveiller chez les femmes et les hommes, la curiosité que cela peut susciter. Je comprend et j’apprécie de parler de mon bébé.

MAIS

Je ne comprend pas et n’apprécie pas lorsque j’essaie d’aborder un autre sujet de conversation de ne pas être prise au sérieux.

Je ne comprend pas et n’apprécie pas lorsque dans une conversation où l’on fait connaissance et que je demande à la personne ce qu’elle fait dans la vie qu’on ne me retourne pas la question (bah oui c’est évident hein je fais un bébé, je n’ai pas de passé et mon avenir est celui d’une mère).

Je ne comprend pas et n’apprécie pas que des personnes, quelles qu’elles soient, se permettent de toucher mon ventre sans demander aucune espèce de permission comme s’il s’agissait d’une propriété publique. Ça me gène énormément et je me sens comme violée dans mon intimité.

Je ne comprend pas et n’apprécie pas d’être renvoyé UNIQUEMENT à ma grossesse et que d’autres se permettent de décider pour moi.

Par exemple : inscrite dans un centre de bénévolat à Montréal, j’étais intéressée pour m’impliquer dans des missions long terme dans un organisme communautaire. J’avais repérer des occasions de bénévolat qui consistaient à accompagner le développement d’OBNL. Ayant dirigé plusieurs associations locales et nationales en France et ayant de l’expérience dans le développement organisationnel ces missions étaient parfaites pour entretenir une activité sans pour autant m’engager dans un emploi à temps plein, ni même partiel. Le centre n’a pas voulu me mettre en contact avec ces organisations parce que « vous ne savez pas comment vous allez pouvoir vous impliquer en plus c’est votre premier enfant, par contre j’ai des ateliers ponctuels à animer avec des enfants de 5 à 7 ans, 1h par semaine…. » Je ne vous raconte même pas les yeux que m’a faite l’employée du centre quand je lui ai dit que « travailler avec les enfants c’est vraiment pas mon truc, je me sens plus à ma place dans une mission de gestion org.. » elle m’a coupée, paniquée, les yeux écarquillés : « Mais vous allez être maman…. » « Oui mais mon enfant c’est pas pareil et puis ce n’est pas un groupe d’enfants ni une mission bénévole »… Bref je suis passée par d’autres organismes où tout se passait par téléphone ce qui m’a permis d’éviter de parler de ma grossesse et d’être finalement recrutée au sein du Conseil d’administration d’un organisme communautaire sur la base de mes compétences et de mes motivations plutôt que sur celle de la taille de mon ventre.

Autre exemple : je me suis rendue compte que dans mon entourage – qui pour l’instant est pas mal celui que je me suis fait via mon homme-  personne – ou presque – ne sait quel est mon métier, ce que j’ai fait comme études, les sujets qui m’animent…

Alors si vous lisez cet article et que l’on se connaît ou que l’on se rencontre bientôt (avec ma fille 🙂 merci d’avance de ne pas oublier que je suis une femme, un être humain entier avec une expérience, des envies, des projets et pas seulement un utérus ++
A bon entendeur….

Intéressez-vous à qui je suis ou alors désintéressez vous totalement mais ne me réduisez pas à ma maternité !

 


PS1 : je suis même sur Linkedin 😉

PS2 : Merci à mon mari et futur papa d’être un homme extraordinairement moderne qui a bien conscience de qui je suis, des difficultés de l’immigration et m’encourage, me soutient dans mes divers projets.
PS3 : article à venir : Non, je ne suis pas QUE une française !

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