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Plusieurs fois qu’on me demande à propos de mon accouchement imminent (essentiellement des femmes) avec un peu d’angoisse au fond des yeux : « et ça va ? tu stress pas trop ? tu appréhendes beaucoup ? tu as peur ? »
Je témoigne ici de mon expérience avec un suivi moitié gynéco / moitié sage femme et pose l’interrogation de la « surmédicalisation » du suivi de grossesse.
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« As tu peur ? » Alors comment vous dire que depuis des milliers d’années les femmes accouchent et seulement depuis peu avec assistance médicale et puisque nous sommes là c’est qu’à priori ça marche pas mal.

Sans ironie, j’ai la sensation que les médecins gynéco étant formés à « régler les problèmes, anticiper les risques » mènent de fait un suivi de grossesse basé sur l’anticipation de potentielles complications. La grossesse devient alors un processus à risque plus qu’un processus normal et naturel. C’est vrai que parfois (moins de 20% des grossesses) il y a des complications et les progrès médicaux ont permis d’assurer en cas de soucis la bonne santé de la mère et de l’enfant.
Là où il y a, me semble t’il, un problème c’est que le suivi étant basé d’abord sur la traque du moindre risque et également, disons le, du confort (notamment le confort des cliniques avant celle des femmes) plutôt que sur l’accompagnement bienveillant d’un processus naturel nous nous retrouvons à perdre toute confiance en nos capacités naturelles. Cela suscite de la peur et vient fortement nous handicaper dans nos accouchements.

Aussi je voudrais témoigner.

Certes j’attend mon premier enfant et je n’ai pas encore accouché… néanmoins j’ai des amies dans la même situation que moi qui sont en panique pour leur accouchement alors que je suis somme toute plutôt détendue et surtout pressée de rencontrer enfin ma fille. Je crois que toute la différence réside dans le suivi de ma grossesse.

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Source www.modilac.com

Suivi gynéco vs/ suivi sage femme

J’ai vécu deux suivis de grossesse distinct pour une même grossesse : un suivi gynéco en France jusqu’au 5ème mois et un suivi sage femme en Maison de naissance au Québec ensuite.

D’abord en France avec un gynéco
J’ai passé une bonne partie de mon temps en stress dans la première partie de mon suivi. Je n’arrivais pas à trouver les réponses à mes questions, les RDV gynéco c’était un toucher vaginal / une echo (souvent vaginal) / un gynéco silencieux qui tape son rapport à l’ordi / un petit « tout va bien, à dans un mois ». En 15mn s’était réglé (heureusement tous les gynéco ne sont pas comme ça mais quand on a besoin d’un gynéco conventionné pour s’éviter des dépassements d’honoraires exhorbitants à Paris, on ne fait pas trop la fine bouche). Evidemment en dehors de ces 15 mn mensuelles, je ne pouvais joindre mon gygy par téléphone. Je me suis donc retrouvée à appeler plusieurs fois le 15 pour avoir des réponses à mes questions, souvent il suffisait de me rassurer avec une explication de ce qui se passait dans mon corps pour que je retrouve ma zen attitude.

Ensuite au Québec avec une sage femme
J’ai rencontré pour la première fois ma sage femme à trois mois et demi soit avant de m’installer à Montréal et de réellement commencer mon suivi avec elle. Après une 1h30 de RDV où nous avons surtout fait le point de où j’en étais, quelles étaient mes attentes (QUOI on me demande à moi, mes attentes ?? Moi qui ne connait rien à la grossesse ?), mes angoisses éventuelles… et seules les 5 dernières minutes ont été consacrés à un examen qui s’est limité à une prise de tension, une palpation du ventre et à écouter le coeur de mon Bébé. Rien d’intrusif. Je suis repartie de là pleine de confiance, rassurée d’avoir obtenue tant d’attention, de réponses à mes questions et d’avoir pu exprimer mes craintes et angoisses.

Je suis repartie en France jusqu’à la fin du 5ème mois et mes angoisses ont repris. Juste avant de prendre l’avion je suis allée voir une autre gynéco pour faire un dernier point m’assurer que tout allait bien. Je suis allée voir une femme gynéco cette fois là, me disant qu’elle serait certainement plus douce et à l’écoute que mon gygy homme à Paris. Que neni. Et comme elle était avec une étudiante j’ai eu le droit en prime ce jour là à 2 toucher vaginaux… youpiii

Aujourd’hui, je suis enceinte de plus de 8 mois j’ai retrouvé avec bonheur ma sage femme et me sens à nouveau confiante et détendue. Les RDV ne durent pas 15mn mais 1h, on prend le temps. Elle sait m’expliquer les choses, me rassurer, me témoigner de la confiance… tout simplement. Et cela n’empêche aucunement un suivi médical par ailleurs (échographies / dépistage streptocoque / test glycémie pour dépistage diabète de grossesse…) à la différence que ce n’est pas automatique avant chaque test ou toucher ou je ne sais quoi elle prend le temps de m’expliquer ce que c’est, pourquoi on le fait, les avantages, les inconvénients et j’ai toujours libre choix.

Je me sens respectée dans mon intimité et en pleine maîtrise de mon corps. Malgré beaucoup de sources de stress extérieures (déménagement à l’international, problème d’argent, coup de déprime normal pour une jeune expat’…) je me sens zen et confiante pour faire naître mon enfant.

Cette différence je suis persuadée qu’elle vient en grande partie de la nature de mon suivi de grossesse. La grossesse est un processus naturel, ce n’est pas un processus médical. Si son suivi doit devenir médical suite à la détection de divers problèmes (minorité des grossesses) je pense que cela ne doit pas être la norme car un suivi basé sur la détection du risque provoque de l’angoisse, de la crainte et influe conséquemment sur le rapport à nos accouchements et par la suite à nos enfants.

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Source : mamanpourlavie.com

Pourquoi le suivi de grossesse devrait-il être naturel avant d’être médical ?

D’abord, pour le droit des femmes. Notre droit à disposer librement de notre corps, pour que nous soyons en pleine possession de nos moyens.

Ensuite, pour le droit des femmes. Notre droit de ne pas être assujetties aux dictats de la rentabilité hospitalière, mais libres de faire des choix réellement éclairés grâce à un suivi ou l’écoute et la confiance sont maître-mot.

Enfin, pour le droit des femmes. Notre droit d’être considérée dans nos ressentis et dans notre insctint, notre droit d’être reconnues dans nos capacités.